Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Des bienfaits de la collaboration

Narcisse Steiner

Avec un titre pareil, je risque de me retrouver avec un lectorat douteux!

Je parle bien évident de la collaboration entre artistes.

Tout à commencé le 23 juillets dernier. J'étais alors convié, ainsi que le noyau dur de mes amis, à un barbecue belge. Comme souvent, je me laissais emporter par mon attention distraite et, me mêlant aux bavardage ambiants, je gribouillais sur un carnet. Papier aquarelle, stylo à bille. 


Profitant d'un moment d'inattention, mon ami Marc Thorpe s'empara du carnet et, installé dans l'herbe, entreprit de continuer le dessin que j'avais entamé. Puis me repassa le carnet. J'y ajoutais mes éléments. Il le reprit, y ajouta les siens, et ainsi de suite, tout le long de la soirée.

 

 

Le résultat est étonnant: un imbriquement chaotiques de formes abstraites et figuratives, dans une composition défiant toute logique. Aucun sens de lecture apparent, aucun fil continu. Et pourtant, ça fonctionne.

Une sorte de dessin automatique à deux mains, sans concertation, d'ailleurs il n'en est nul besoin. L'exercice est passionnant, car il confronte deux techniques (bien que le dessin entier n'aie pour seul médium que le stylo à bille), deux styles différents, deux personnalités, l'un reprenant le dessin de l'autre, y appliquant plus de contraste, de texture, détourne le sens de lecture... jusqu'au moment où, tout naturellement, le dessin semble fini à l'un et l'autre: il est alors temps de le signer et de passer de longues heures à le regarder ensemble, à le tourner, le retourner, remarquer un élément qui nous avait échappé.

 

Le "produit fini" est alors une grande source de satisfaction. Il est l'aboutissement de plusieurs heures de travail réparties équitablement (du moins j'en ai l'impression) avec un naturel surprenant.  C'est, à titre personnel, une victoire sur la sacro-sainte symbiose qui existe entre deux potes musiciens: l'un prend sa guitare, l'autre son jembé et c'est parti pour de longues heures de grattage et de tapage bruyant dans le seul but de partager quelque chose. Honnêtement, je crois que j'ai toujours jalousé le pouvoir des musiciens à pouvoir en quelques accords entrer en résonance avec l'autre. 

Désormais, ce n'est plus le privilège des gens qui font du bruit: on peut "symbioser" avec un simple stylo à bille. 

Cela dit, comme pour les musiciens, j'imagine que c'est la relation particulière que j'ai avec Marc qui s'est cristallisée autour de ce dessin et des autres qui ont suivit dans la semaine: parfois, ça peut ne pas marcher. Marc et moi avons beaucoup de choses en commun, et avons longtemps été l'élément déclencheur l'un de l'autre pour diverses activités: c'est lui qui m'a initié à la peinture sur figurine, à travers laquelle j'ai naturellement évolué vers la peinture traditionnelle, qu'il pratiquait lui même un temps. C'est avec lui que nous avons entrepris le projet Ouroborea, pendant de longues soirées brainstorming. Avec le recul, j'ai l'impression que nous avons toujours trouvé des prétextes pour faires des trucs ensemble, le résultat final étant clairement secondaire.

 

 

Étonnement, le dessin à deux mains n'avais pas encore été expérimenté. J'étais sans doute freiné par mon faible niveau en dessin, domaine où Marc me bat à plate couture. Mais le fait est que la comparaison était difficilement tenable dans la mesure où nos styles graphiques, bien qu'ayant les même racines, sont radicalement différents. Là où Marc est un adepte de la ligne claire, je suis plutôt influencé par un graphisme académique où les contours sont plus flous, moins présents. Là où le dessin de Marc s'impose en terme de contour, le mien est basé sur le travail des textures. En somme, rien ne nous prédisposait à travailler sur une même oeuvre, mais pensez-en ce que vous voulez, l'harmonie naît du chaos...

 

En discutant de notre réalisation tard dans la nuit, le mot "compétition" est sorti. On a vite comprit qu'il ne s'agissait pas tant de compétition que de surenchère et d'émulation. Je crois que l'un comme l'autre sommes motivés par l'envie d'aller le plus loin possible dans le chaos du dessin, les éléments ajoutés par l'un étant un discret appel du pied, l'air de dire "hé, rebondis là dessus!". Le but du jeu n'est pas de bloquer l'autre, mais plutôt de lui proposer un tremplin pour la suite, jusqu'au moment où le dessin semble "fermé". Paradoxalement, on parle de fermeture lorsque le dessin présente un élément trop ouvert (type paysage ou forme trop complexe pour l'autre puisse ajouter quelque chose en arrière-plan). 

Il est amusant de constater que nous nous inspirons l'un l'autre: je tente de reproduire son style ou un élément récurrent de son dessin et de le mettre à ma sauce; lui reprenant mes "manies" à la sienne. 

 

 

Autre chose, j'évoquais les différences qui existent entre le travail de Marc et le mien, qui sont à mon avis une simple question de goût et de parti-pris esthétique, mais il en est une autre qui me semble être un point intéressant à creuser: je suis droitier, et Marc est gaucher. Nous stimulons donc chacun un hémisphère de notre cerveau. Techniquement, nos dessins sont donc l'oeuvre d'un seul cerveau fonctionnant à son plein potentiel. Les sciences cognitives n'étant pas mon fort, je ne vais pas m'aventurer sur ce terrain, mais je pense qu'un "effet miroir" est à l'oeuvre dans nos dessins et leurs confère cette "symétrie" étrange.  

 

Je ne dispose malheureusement que d'un seul des trois dessins réalisés, dont voilà le scan. Il s'agit du plus grand des trois. Il a été exécuté sur un papier aquarelle 100% coton, 300g/m², 18x26, grain satiné (donc très lisse). Pourquoi du papier aquarelle alors que nous ne dessinons qu'au Bic? Premièrement parce que je ne dessine presque que sur du papier aquarelle, dans l'éventualité d'une mise en couleur. Ensuite, et c'est la corollaire, parce que je n'avais que ça dans mon sac. 

Pourquoi le Bic? Vous le saurez dans un prochain article.

Je poste le dessin dans les deux sens de lecture que nous avons pu détecter. A vous de choisir lequel vous préférez. Vous pouvez aussi vous amuser à trouver qui a dessiné quoi...

Prochaine étape, un grand format!

 

DessinMT-NS.jpg

 

DessinMT-NS2.jpg

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commentaires

Oscar 17/08/2011 16:55


Pourquoi pas une telle démarche? Il y a bien des écrivains qui travaillent en commun (non, pas Erckmann et Chatrian, ce serait le type du mauvais exemple, mais les frères Goncourt, oui, entre
autres)...
Bel échantillon de création commune, qui n'efface la personnalité propre ni de l'un ni de l'autre!...


Narcisse Steiner 17/08/2011 17:00



Je crois qu'on en avait pas eu vraiment l'occasion, en fait, ou plus honnêtement, l'envie et l'idée de le faire. Je pense que la principale difficulté de travailler avec quelqu'un, même estimé,
réside dans l'égo: quelque part, je m'en veux de ne pas être capable de faire des choses interessantes tout seul. C'est difficile de partager un sucès, on aimerait tout garder pour soi! :)


Mais ça reste vraiment passionnant de sortir de la routine de sa propre création et de ressentir la surprise de voir le travail terminé; je n'avais jamais passé autant de temps à regarder une
oeuvre où j'ai posé ma patte.



Marc Thorpe 02/08/2011 22:12


Le paragraphe sur les cerveaux explique, à mon humble avis, le paragraphe ou tu soulignes nos "différences":

Si on prends une grosse comparaison de geek comme un bourrin, on pourra presque dire qu'étant gaucher, j'ai une meilleure connexion à l'hémisphère droit. C'est pas une préférence qui forge mon
trait claire face à ton trait flou, et c'est pas non plus un domaine où je te "bat à plate couture", c'est juste que ma connexion me permet le streaming en HD!

Vivement la prochaine!


van den berghe 02/08/2011 21:05


eh bien je ne dirai qu'une chose bravo....le résultat est excellent....a creuser et à renouveller....
Sandrine