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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Vernissage: debriefing

Narcisse Steiner

Difficile de débuter cet article sans évoquer immédiatement le sentiment global de la soirée: la déception. Non, je ne vais me lancer dans une tirade désespéré, il y a eu du positif aussi; mais bon, j'avais compté plus de monde.

La soirée avait pourtant bien débuté, vers 18h30, avec un vieux bonhomme visiblement très interessé par mon travail. Un journaliste politologue désireux de rentrer dans le milieu, je vous le donne en mille, de la politique, cultivé et fan de sci-fi. On a échangé nos coordonnées et c'en est resté là. 

19h pétante. Zelda, Théo (le taulier de la cave) et deux ou trois habitués arrivent. Rien d'inhabituel. On se prend une bière ambrée du pays de Loire. Elle est trop froide.

 

19h30. Les gens arrivent au compte-goutte. Il fait chaud, la bière tiédie. Les nouveaux arrivants sont tous des connaissances. Le noyau dur du Coup de Grâce. Le champagne que j'avais promis attendra.

 

20h. Rien de nouveau. Des badauds passent devant la cave, ralentissent, jetent un oeil, parfois deux. Aucun ne rentre. On a ouvert un blanc fruité.

 

20h30. Une amie de Zelda, arrive. Elle a ramené du monde: sa mère, son parrain, un ami de la mère ou du parrain, je ne sais plus; une historienne de l'art un peu prétentieuse. Peu importe. Ils commandent une bouteille et une planche de charcuterie. La maman me posent des questions sur mon travail. Je répond. Les autres ne semblent même pas savoir pourquoi ils sont ici. Fin de l'acte. 

 

21h. Un vendredi soir habituel à la cave. Des clients entrent. Ils achètent du vin. Ils évitent prudemment l'espace galerie. Pas un regard. Les pièces rapportées de l'amie lèvent les voiles. Je les remercie d'être venus, pour respecter le protocole. 

 

22h30. Je fais le pied de grue devant l'entrée, guettant le chaland, jouant les physionomistes de club. Sauf que là, je cherche à deviner qui va rentrer. C'est pas un boulot pour moi. J'ai envie de me casser, de rentrer à l'apart et jouer à l'ordi. 

 

23h00-minuit: Les gens dont je suis le plus proche décident d'arriver tous ensemble, à ma grande surprise. En l'espace d'une demi heure, la cave est remplie. Je connais tout le monde, on me félicite. Ca me remonte le moral, un peu. Ils aiment mon travail. On boit du pinard. Il faut chaud. J'ai soif. 

 

23h30: Un boulet de compétition, inconnu au bataillon, vient me faire subir sa culture. Il prétend s'appeler Pascal. Il sent la bière et lâche même des caisses en douce. Il me parle de Baudelaire, qui est artiste. Il me dit que c'est ça qui est terrible. Il me parle de Baudelaire, encore. Il dit qu'il n'aime pas l'art, qu'il déteste les femmes (je l'avais remarqué) et les artistes, et que c'est terrible. Il entre dans la cave, remarque mes toiles, me dit que c'est du Baudelaire, et que c'est ça qui est terrible. Il pose sa main dans mon dos. Il lâche une caisse. J'hésite entre lui vomir dessus et lui balancer mon poing dans la gueule. Je lui en fait part. Il me dit que c'est terrible.

 

Après minuit: Je tente de passer un peu de temps avec chacun. Bons publics, il me demandent une visite guidée. Je leur raconte la genèse de la série HAL, leur parle de ma technique, de ma démarche. Je les soupçonne d'être sincères et de réellement apprécier l'expo. Je commence à me demander s'ils n'ont pas un peu pitié. Je bois.

Pascal revient à la charge. Il me demande si je connais Baudelaire. 

 

Fermeture de la cave. On ramène quelques amis à la maison. Un pianiste de talent, la réincarnation maghrébine de Desproges et Slim (il se suffit à lui même). On boit du porto, 20 ans d'âge. On boit un mojito-pastèque sans bulle. 

 

Ils partent. Zelda et moi allons nous coucher. 

 

Conclusion: une soirée ordinaire. Pas de ventes.

Rideau.

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Commentaires

slim 16/10/2010 13:52


très drôle ton billet debrief de vernissage...sachant que j y étais!!
C'est plutôt bien résumé avec en plus une vue embarquée de ton cerveau (ce qui me donne un certain avantage : 2 vues valent mieux qu'une!!)
A mon avis, concernant notre ami Baudelairien, il a voulu rajouter l'air de rien une dimension sensorielle a ton expo : a savoir le son et l'odeur...et c'était plutôt surréaliste sans mauvais jeux
de mots!
l ami-dont-le-nom-suffit-à-décrire!


Oscar 28/06/2010 12:00


Narcisse, oui, bon, je compatis pour le "pas de vente", mais essaie de garder (lol) la "positive attitude": c'était peut-être juste un tremplin pour bondir vers le succès via le politologue: le
conseil de Stoni, à vue de nez, me paraît avisé!

Sérieusement, cette fois.

Pour le reste: je passe à ton compte rendu: en plus de ton talent de peintre, tu as indéniablement celui de chroniqueur, et aussi celui d'humoriste, rapport à Pascal: un vrai morceau de bravoure,
le passage sur le baudelairien!!


Narcisse Steiner 04/07/2010 03:59



Ca va, j'ai digéré maintenant (d'où le retard sur la réponse au commentaire).


Ce que j'en retiens, c'est le Pascal. Merci de dire que c'était bien écrit, mais rien ne vaudrait une vidéo. Il est, selon l'expression consacrée, inénarrable.


Faut vraiment imaginer la vieille tantouze (pardon Stoni) avec une préciosité ternie par l'alcoolisme et - pauvre homme, soyons franc - par la solitude. Le genre de mec qui a pas dû avoir une vie
facile-facile et qui se rattache à des bribes de culture grapillées par ci par là. C'est triste, on sent le mec sensible mais bouffé par la vie, ouvert aux autres mais complètement détaché de la
réalité. Le fait de dire mon ressenti par rapport à lui, avec le recul, me permet de me donner un peu meilleure conscience maintenant, mais le fait est que ce soir là, et le lendemain (saut à la
cave après un autre soirée), il m'a vraiment, mais alors vraiment gonflé. On en connaît tous, es "comme ça". Des mecs pas méchants mais complètement à côté de la plaque, calqués sur des
archétypes que je retrouve aussi bien à Calais qu'à Paris, ça en devient vraiment effrayant parfois. Propos décousus, attitude intrusive, n'écoutant qu'eux, et ce exclusivement: les symptômes
d'une précarisation à tout points de vue, ça me déprime. 


C'est ça qui est terrible.



Noon 27/06/2010 21:56


Le hic, c'est que tu t'attendais à quelque chose de précis. Tu as sans doute participé à plus de vernissages que moi, mais pour ma part, chaque fois, c'était radicalement différent. Difficile de se
faire une idée dans ces conditions.
Ceci dit, je confirme, les festivals, c'est assez ennuyeux aussi, sauf si on est une bande d'amis et qu'on peut passer le temps. Tu vois les gens défiler devant toi, la plupart du temps, ils te
regardent même pas, et quand y en a un qui fait mine de s'intéresser, tu lui fais un sourire jusqu'aux oreilles, tellement t'es content ! Et si par bonheur, il te pose quelques questions, alors là,
tu jubiles !!
Le pire qui m'est arrivé, c'est un couple qui s'arrête devant notre stand et qui lance un flot de compliments (votre site internet, votre univers, c'est vachement bien ce que vous faites, faut
continuer, j'adore, c'est original, etc ...)
Au début, ça collait, mais au bout d'un moment, la fille s'est rendue compte qu'elle s'était trompée de stand (avec celui d'à côté). Elle était gênée ... j'étais consternée ...
Dis toi qu'une expo, c'est pas comme un festival, ça s'inscrit dans la durée (j'espère que tu as laissé un lot de carte de visites)
Bises


Narcisse Steiner 28/06/2010 01:28



Je dirais as quelque chose de précis.... Ca reste une cave à vin, et ils ne disposent pas encore du réseau et des contact qui est l'essentiel du boulot d'une véritable galerie. J'espérais juste
voir débarquer de nouvelles tête, pas la bande de pote que je vois tout les vendredi autour d'une bouteille...


Et puis, je ne suis  pas un abonné des vernissages, les mondanités ça me gave très vite. En fait, le seul véritable vernissage que j'ai fait, tu y étais ,c'était celui de Sagazan...



Maidy 27/06/2010 21:49


C'est le danger d'exposer dans une cave à vin, les gens s'intéressent plus à la picole qu'au talent de l'artiste.

Je n'ai pu m'empêcher de rire à l'épisode du Baudelairien bourré. Le genre de speciemns qu'on a envie d'inviter à un diner du mercredi soir. (comprennent qui peuvent)


Narcisse Steiner 28/06/2010 01:30



Faudra que je filme ce type. Une vieille tarlouze qui à 40 ans bien sentis n'a pas encore compris son homosexualité... j'ai rien contre les homos hein, c'est juste qu'au fond, ce mec n'a pas
compris grand chose tout court, si ce n'est comment me faire chier jusqu'aux menaces.


Et puis baudelairien, faut le dire vite, je lui parle des Paradis Artificiels, le voilà largué... pauvre hère.



stoni 27/06/2010 16:01


je trouve pas ça si pire. Mention spéciale pour le super boulet baudelairien... t'es tombé sur un bon, là.

t'en auras d'autres des soirées comme ça, aussi peu fructueuses et aussi chiantes. on appelle ça les mondanités. il faut pourtant en passer par là... une signature ou un lancement de livre est à
peu près aussi inutile, humiliant et embarrassant (signature dans une librairie : trois heures pendant lesquelles tu te fais chier à mourir puisque personne n'est venu te voir). un festival, c'est
pareil...

je recontacterais le journaliste politologue, si j'étais toi. je le remercierais de son intérêt, de sa venue. je lui raconterais mon ressenti par rapport à cette soirée, en lui demandant son avis
(si c'est quelqu'un qui t'a paru habitué à se rendre à des vernissages, par hasard ou pas). les gens sont toujours très flattés qu'on leur demande leur avis.
parce que le journaliste politologue connait peut-être des journalistes plus versés dans le domaine de l'art.


Narcisse Steiner 27/06/2010 20:23



Bouah, non, globalement c'tait pas une mauvaise soirée. C'est juste que je m'attendais à autre chose pour un premier vernissage, c'était important pour moi. Mais ça n'interesse pas les gens, la
com passe mal, tout un tas de truc qui s'accumulent et qui fait que ça ne s'est pas déroulé comme je m'y attendais. Tant pis. 


J'avais jamais fait le parallèle avec les scéances dédicaces en librairie... même combat.


Je pense reprendre contact avec le gars de toutes façon, c'est le seul qui est venu parce qu'il s'intéressait à l'expo, les autres... je parlerais d'indifférence... Genre "tiens, ils ont changé a
déco à la cave"...