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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Variations et (en) séries

Narcisse Steiner

Ces dernières semaines ont été plutôt laborieuses niveau production. 

Après avoir bouclé ma série Acies Ferri avant de partir pour le Japon, je pensais qu'un gros break s'imposait, et que je reviendrai la tête bien pleine. En fait, je suis revenu vidé. Certes, ça aura été une super expérience humaine, mais artisitquement, je n'ai pas encore appréhendé ce que ça m'a apporté. C'est pas très grave: je sais désormais que mon esprit fait le tri lorsqu'il digère. Une bonne idée oubliée le lendemain ressortira tôt ou tard - si tant est qu'elle est vraiment bonne - et il en va de même pour mes influences et mes inspirations. 

 

Depuis mon retour, je n'ai pas eu le sentiment d'être dans mon truc, je sentais bien revenir à moi l'angoisse de la toile vierge. Le pire, dans ces périodes, c'est que bien souvent, il n'existe que deux solutions: se pousser au cul ou laisser couler. Autant dire que dans un cas comme dans l'autre, vous faites toujours le mauvais choix. J'ai donc essayé de me pousser au cul, et ça a donné naissance à un projet avorté, si j'ose dire: les "fantômes dans la machine" qui pourtant ne me semblait pas si mauvais, se sont essoufflés dès la quatrième toile. 

En analysant ce revers, j'ai compris une chose importante dans ma démarche: m'inspirer de mon propre travail, en plus d'être une forme dégradante de d'auto-cannibalisme, n'apporte absolument rien. Au lieu de reprendre les ficelles d'une série qui fonctionne, je devrais plutôt me pencher sur les horizons qu'elle ouvre, et ne pas tenter d'en faire une resucée. 

Travailler en série apporte, à mon sens, un véritable plus à mon travail. Généralement limitée à 8-12 toiles (au delà j'ai le sentiment de m'auto-plagier), cette démarche me permet d'exploiter tout les aspects d'une idée sans surcharger une seule et même oeuvre. J'envisage la série comme un ensemble sécable (à l'inverse du diptyque) mais gagnant néanmoins à être vue dans son ensemble. On pourrait parler de collection, de déclinaison, ou, plus artistement, de variations.

Ceci n'inclue pas les erreurs de parcours, qui tiennent finalement plus de l'expérimentation pure que d'une véritable travail suivi.

 

Mes réflexions insomniaques de la nuit dernière m'ont permis d'envisager ma démarche entière de ce point de vue. C'était si simple que je n'y avais jamais songé. La lettre volée de Poe, en somme. 

Si travailler en série me permet une continuité rassurante dans un cadre relativement souple, pourquoi ne pas envisager que toutes mes séries soient composées selon ce procédé, une série de séries? Chacune de mes séries s'attarde sur un thème qui m'est cher: HAL portait sur la science-fiction et plus particulièrement les vicissitudes de l'intelligence artificielle; Acies Ferri évoquait la matière représentative d'un futur froid et de notre environnement urbain cloisonné. 

 

C'est en peignant ma dernière toile (la deuxième postée dans le dernier billet) que j'ai eu cette révélation: que je le veuille ou non, lorsqu'une idée me paraît digne d'être exploitée, c'est simplement parce qu'elle suit ma logique et fait écho aux précédentes. C'est pour cela qu'il est important de ne pas brûler les étapes et de me laisser porter par ce qui est réellement la base de ma peinture. 

Cette base, il est difficile de la qualifier - c'est souvent ma peinture qui me le dicte, après coup - commence néanmoins à se dessiner. J'ai le sentiment d'être un chariot bancal lancé à pleine vitesse sur des rails flous mais bien présents; je tangue, sautille d'une roue sur l'autre, dans cette période instable où l'ont frôle la sortie de route avant de filer bien droit. 

Dans cette optique, ma série naissante sera celle de la ruine, de l'effondrement, du métal mangé de rouille et des cités déchues. La suite, je ne la connais pas... elle sera manifestement la continuité logique du reste, mais quelle forme prendra t-elle?

 

Le chaos, la lumière, qui peut le dire sinon ma peinture elle même? 

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Commentaires

pictoneo 07/11/2010 22:18


ben j'attends alors !


Noon 07/11/2010 21:44


[suite du commentaire de l'article précédent]
Ok, je comprends mieux en effet.
Suis ta route, égare-toi de temps en temps pour mieux la retrouver (ta route), c'est probablement la meilleure voix/voie de l'expression personnelle.
(Ha ha ha ! Si quelqu'un a compris ce que je viens de dire, tant mieux, parce que moi, je ne suis pas sûre -_- )
La rouille, j'adore. Côté aquarelle, on la retrouve chez Morelle et Folly. Faut croire que c'est une source d'inspiration.


Oscar 07/11/2010 17:58


Lire bien sûr "quel que soit l'intérêt" etc....


Narcisse Steiner 07/11/2010 18:43



Disons que j'ame voir une véritable cohérence dans mon travail. Les Fantômes peuvent être perçus comme des "hors séries", c'est le cas de le dire, d'Acies Ferri. 


Je ne l'ai pas mentionné dans l'article mais je pense qu'il est important de savoir parfois dévier de sa route, faire un truc complètement différent, une façon de se changer les idées et de voir
si l'herbe est plus verte ailleurs. Un bol d'oxygène avant une nouvelles plongée en apnée dans l'abstrait (je crois que c'est Beckman qui utilisait cette métaphore).


Disons que je sépare bien mon travail "public" (pas de langue de bois, le truc qui devrait m'apporter la reconnaissance)  et les "à-côté" que je fais pour moi.



Oscar 07/11/2010 17:56


Eh bien pour ma part j'attends cela avec curiosité et intérêt, cela dit, et par définition je te livre là un point de vue purement subjectif, trois ou quatre tableaux réussis comme les "fantômes"
ne constituent nullement un échec créatif pour la seule raison que la série ne s'est pas poursuivie, quelle que soit par alleurs l'intérêt de la notion de "série" que tu développes!! Il peut même y
avoir de bons tableaux ISOLES qui viennent interrompre le cours,le travail sur une série ou s'y intercaler, non?