Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Plaidoyer pour le JV

Narcisse Steiner
Mais que vient foutre le jeu vidéo sur un blog soi-disant artistique, me direz-vous?
Il y a quelques temps, je discutais avec un ami-voisin du dessus-oncle de ma copine (il a porte beaucoup de titre mais ce n'est pas le propos) de ma passion coupable pour les jeux vidéos. Petite chronologie.

Né en 1982, mon premier contact avec le monde vidéoludique s'amorça par le biais des célèbres et désormais très rétros "jeux électroniques", avec affichages à cristaux liquides et tout le bordel. En parallèle, mes parents avaient investi dans ce qui deviendra le PC tel qu'on le connait maintenant: un MO5, fabriqué par Thompson.
Les presques-trentenaires ont tous eu avec ce genre de machine, ne serait-ce que pendant les cours de technologie du collège (dans lesquelles on nous apprenant à faire avancer une "tortue" sur un écran par le biais de commande en basic).
Machine rustre et pourtant inventive, les gammes MO5, MO6 ou TO7 se branchait sur une simple télé. Les périphériques étaient réduits au strict minimum: un transfo ON-OFF, un clavier AZERTY avec touches en caoutchouc (!) et un lecteur de cassette (style cassette audio) semblable à un gros magnétophone. Pour les plus chanceux, il existait également un stylo optique qui ne fonctionnait pas mal du tout compte tenu de l'époque.

C'est donc là dessus que j'ai fait mes premières armes dans le monde du jeu vidéo:
Processeur 8bit cadencé à 1Mhz, 16Ko de mémoire et 48 de RAM, résolution de 320x200 pixels en 16 couleurs... ça laisse rêveur, non?

Et pourtant... Je me souviens des jeux aux temps de chargement d'une longueur astronomique... Les yeux rivé sur le logo Titus (firme disparue aujourd'hui), attendant qu'il s'anime pour signifier la fin du chargement, le tout bercé par le son abstrait de la cassette, je n'imaginais rien de mieux. Imaginez bien, en 85, date de sortie du MO5, avoir un ordinateur tenait encore de la science-fiction.

J'ai donc passé de longues heures sur le jeu de la grenouille à faire traverser sans se faire écraser par les voiture, manger par les crocodiles, ou encore Mandragore, le premier "jeu de rôle" en français. Celui ci m'a particulièrement marqué et a probablement participé à mon attrait pour la fantasy actuellement. Bon, bien entendu, il fallait avoir de l'imagination:



Vers l'an de grâce 1985 arrivait également sur le marché français la fameuse NES (Nintendo Entertainment System). La fille de ma voisine, qui me gardait lors des absences parentale, disposait d'une de ces machines à bonheur. C'était, je crois, en 88 ou 89. A côté de mon MO5, c'était une vraie révolution. Etonnament, je ne me souviens plus à quel occasion mes parent me l'offrirent; c'est dire à quel point cette console fait partie de moi et penser aux années précédents son arrivée sur mon écran reviendrait à essayer de me souvenir de ma vie prénatale. 
Super Mario Bros. Tetris. Legend of Zelda. Trois titres qui suffisent à éveiller chez les vieux gamers une vague de nostalgie, de celles qui nous font dire "c'était mieux avant".
Je me souviens des crises de nerfs vers les derniers niveaux de Mario, qui exigeait une maîtrise et un timing d'acier; je me souviens des cartouches dorées des deux premiers épisodes de Zelda, jeu qui m'a un peu plus enfoncé dans l'amour du jeu d'aventure à tendance fantasy, je me souviens de Kid Icarus et de ses monstres étranges... C'est si vague que je me souviens à la fois de tout et de rien. Enfin, c'était tout de même une sacré console.

En 1992 sortait la Super NES, succès mondial pour une console qui reste à mes yeux la meileure console jamais produite à ce jour (si on ne tient pas compte des évolutions techniques, cela va de soi). Meilleure console pour son potentiel de "fun": une quantité incroyable de jeux  (plus de 3000, pas tous sortis en France), un gameplay innovant... Il faut dire qu'à l'époque, et là je passe encore pour un vieux con, les programmeurs de jeux compensaient largement les lacunes techniques des jeux par une originalité et une qualité allant bien au-delà d'un simple jeu-vitrine. La tout-3D était encore de la science-fiction et n'était donc pas considérée comme la condition sine qua non pour mériter d'être considéré comme un "beau jeu". A mes yeux, les jeux les plus représentatifs de cette volonté de créer un gameplay convivial et accessible se retrouve dans des titres comme le mythique Street Fighters II, Bomberman, Unirally ou Mario Kart. Force est de constater qu'en dehors de l'aspect visuel de ces jeux, ils n'ont pas pris une ride: la recette simple des classiques indémodables.
La force de la Super Nintendo tenait également à sa polyvalence, la console se prêtant aussi bien aux jeux d'action qu'aux RPG 8jeux de rôle, pour résumer). Parmis ces derniers, citons les célèbres Final Fantasy, Illusion of Time ou Secret of Mana, tous trois édité par Square Enix.
Je place le point culminant de la Super NES à la sortie de Yoshi's Island, préquelle à la série des Super Mario. Les possibililités de la console ont été largement exploité, adoptant un rendu dessin animé à l'heure oû la Plastation et ses jeux sur CD s'imposait comme la nouvelle génération de console.

Enfin bref, je ne suis pas là pour faire l'éloge de Nintendo, ils n'ont pas besoin de moi pour ça; mais à la lecture de ces lignes, vous aurez compris que j'épprouve un véritable attachement sentimental à cette marque et son univers, par extension à toute cette période du jeu vidéo.

Et voilà qu'on arrive au coeur du thème de cet article: le jeux vidéo a t-il une véritable portée artistique en dehors de son aspect ludique? J'entend par valeur artistique l'ensemble des sentiments provoqués par une expérience de jeu: après tout, si être émus, boulversés, traumatisés par un film, un livre ou une musique, en quoi serait-ce différent pour le jeu vidéo?

Je reviens un instant sur mon parcours de "gamer" pour illustrer au mieux mes propos.
J'ai déccroché des jeux vidéos vers l'apparition des consoles dites de cinquième génération (Playstation par exemple). Cette période marque un tournant dans l'industrie du jeux vidéo, en grande partie dû aux évolutions graphiques (la 3D citée plus haut). Pour ma part, je pense que ce tournant a été mal négocié: là où on aurait pu avoir des jeux plus longs, on a préféré des jeux plus beaux. L'ambiance et le gameplay qui faisait la force de Nintendo a laissé la place à des jeux qui frôlait la pornographie: on bourrine, on en prend plein la gueule et bien souvent, ça s'arrête là.
Sensibilement à la même époque (1995) mes parent on investis dans un PC. Un vrai, hein, pas un MO5. Je m'en souviens bien, c'était un Pentium 133Mhz. Windows 95 polluait tout juste nos écrans.
Sans le vouloir, j'entrais dans le monde du gaming PC, souvent considéré comme le parent pauvre du jeu vidéo par le grand public. Enfin, je parle de ça, c'était il y a bientôt 15 ans, ça a changé.
J'ai rapidement été attiré par cet univers encore confidentiel du jeu vidéo; je me suis vite rendu compte du potentiel de l'ordinateur par rapport à sa cousine germaine la console, surtout par la quantité astronomique de titres dont je n'avait jamais entendu parlé, voire même d'un genre de jeu que je ne connaissais pas, car injouable sur console: le "Point'n'Click".
La souris permettant de naviguer bien plus souplement qu'une manette, les developpeur PC on tiré parti de la polyvalence du PC et des périphériques modulables pour exploiter un gameplay inaccessible aux consoles.
J'ai redécouvert le plaisir des jeux d'aventure avec Monkey Island, Legend of Kyrandia, Phantasmagoria, Gabriel Knight ou Indiana Jones... Foutredieu! Quelle débauche de graphismes fins, de liberté, de flexibilité dans ces jeux!
Je retournais prestement ma veste: de gamer console, je passais dans le camp des gamers PC.
Bref! Voilà que je me met à parler de mon parcours de joueur comme un vieux combattant racontant son service militaire.

2004. Je découvre tardivement Morrowind, le troisème volet de la série Elder Scrolls. Merde alors, comment ai-je pu louper lors de ma migration console-PC? Bon là n'est pas le propos. Morrowind. LA claque.
Pour la première fois de ma vie de gamer, pourtant habitué aux jeux inspirés du JDR papier, je découvre le potentiel immersif d'un jeu vidéo. Ici, pas de linéarité,pas de choix imposé. Une trame globale, certe, mais aucune obligation de la suivre: ainsi, le joeur est libre de se promener dans le monde et accomplir des quêtes secondaires, jouer les touristes ou explorer les donjons et y passer des heures sans même effleurer la quête principale.
Morrowind a été une véritable révélation sur le potentiel d'un jeu vidéo. Pas particulièrement beau, même pour l'époque, le titre de Bethesda ne profite même pas d'un univers très original: de la fantasy avec son lot d'elfes et d'orcs, une prophétie dont le joueur est malgré lui le principal protagoniste... Et pourtant, il y a dans Morrowind un je-ne-sais-quoi d'incroyablement attachant.

Je parlais d'immersion plus haut, et je pense que c'est là le véritable point fort du jeu; je connais beaucoup de joueur déçu du jeu, simplement parce qu'ils ont été trop formatés aux jeux linéaire ou le scenario roulait comme sur des rails. "Ouais, Morrowind, bof... j'ai joué vingt minutes, je me suis perdu, ça m'a fait chié". Oh mais oui, moi aussi je me suis perdu, et plus d'une fois! Mais quel bonheur de tomber sur des ruines anciennes, de se tâter pour savoir si on va entrer ou non dans un tombeau ancestral, de se suprendre à chercher un abri pour la nuit alors même que ça n'a aucun influence sur le jeu... Morrowind, c'est bien plus qu'un jeu; c'est une expérience.

Je tiens à mettre en relation un jeu comme Morrowind avec sa plate-forme, à savoir le PC, simplement pour évoquer un avantage indéniable de ce support par rapport à la version console: l'intégration d'un éditeur. Grâce à l'éditeur fourni avec le jeu, n'importe qui, moyennant un peu de temps et d'imagination, pouvait modifier le jeu et y incoporer toutes sortes de choses: nouveaux objets, armes, bâtiments... En gros, le jeu devait totalement malléable et grâces au très actives communautés de "moddeurs", le jeu devenait virtuellement infini puisque bénéficiaire de toutes les améliorations et extensions ofertes gratuitement. C'est, à mon sens, la grande force du gaming PC face au gaming console.

Alors, je repose la question, et espère bientôt y répondre, pourquoi le jeu vidéo, alors qu'il permet une réelle immersion dans un univers nouveau avec une interactivité que ne connait pas le cinéma, conserve t-il l'image de passe-temps pour ado boutonneux?

Peut-être que le nom lui même, "jeu vidéo" est devenu bien trop réducteur face aux possibilités qu'il offre à l'heure actuelle. Le jeu est par définition une activité improductive, qui n'a pour unique but que celui de se divertir. Etrangement, le fait de suciter une réaction émotionnelle semble être l'apanage des "arts officiels", comme j'ai cité, le cinéma, la musique...
J'aime les jeux vidéos pour plusieurs raisons. La première étant, je pense, l'attachement semtimental que j'y porte, indépendamment d'une marque; étant fils unique, pas très sportif, mes deux activités principales de ma jeunesse passait par la lecture ou les jeux vidéos, deux choses qui sied totalement à un caractère plutôt solitaire. La raison la plus perenne est l'échappatoire que le jeu me procure, au moins autant que la lecture (par opposition au cinéma dans lequel je ne me projette que rarement et avec dificulté). A certaines périodes de ma vie, cette fuite dans  le monde virtuel était, je l'avoue, totalement en adéquation avec un syndrôme d'addiction, une fuite de la réalité. Quelques années plus tard, j'ai pu apprendre à maîtriser cette addiction. Désormais, j'arrive à jouer de manière plus raisonnable, même si je dois me faire violence pour ça.

Le principe d'interaction propre au jeu est à mon avis l'élément clé qui me fait préférer ce média à la plupart des autres. J'ai en effet horreur de rester passif devant un film, j'ai l'impression qu'on m'impose une façon de voir les choses. Le jeux, et le jeu vidéo en particulier, nous permet d'agir et donc de faire évoluer l'histoire en fonction de notre profil: ce sentiment de relative liberté m'a toujours séduit.
Le dernier point, c'est le potentiel créatif du jeu vidéo. Un support interactif, permettant de compiler engagement du joueur-spectacteur, parti-pris esthetique, trame narrative... De ce point de vue, on pourrait presque considérer le JV comme une forme d'art absolue. Mais ne s'agit-il pas dans ce cas d'artisanat, dans la mesure où le produit a une fonction utilitaire, celle de distraire les mases? Un je uvidéo n'est pas quelque chose qu'on se procure pour l'objet,, non: on l'achète, on le joue, on le range sur une étagère, comme un livre finalement.
On constate que le jeu vidéo est inclassable: à la fois film, livre, objet de divertissement, il est protéiforme et par conséquent, il échappe à toute catégorisation. C'est ce statut hybride qui est à la base de sa "mauvaise réputation".

cette "mauvaise réputation", le JV le doit en grande partie à la violence dont certains éditeur font leur fond de commerce. Si on prend la série des GTA, exemple emblématique, on se rend compte que le JV est source de scandale bien plus facilement que le film ou le livre, ceux-ci bénéficiant, au mieux, d'une forme d'immunité artistique.  la pression des groupes de défense de la jeunesse ou autres illuminés droitisants, soucieux de protéger nos rejetons, déploient un énergie considérable pour diaboliser encore et encore ce support. La faute à qui? Aux éditeurs? Aux joueurs?
Non, je dirais qu'une fois de plus c'est son statut de jeu qui lui pose tant de soucis. Un jeu, dans l'nconscient collectif, c'est destiné à la jeunesse.
Ca me rappelle ma période Club Dorothée, à l'époque où le manga Ken le Survivant (Hokuto No Ken) était diffusé le mercredi matin, heure de grande écoute. Dessin animé d'une rare violence, Ken a provoqué un rejet massif de la population parentale pour tout ce qui vient du Japon, les manga en premier. Et, dans un sens, c'est bien compréhemsible: Hokuto No Ken était diffusé au Japon à heure tardive, ce qui en faisait un dessin animé adulte. Mais voilà, raccourcis populaire facile, dessin animé = enfants, on a pas cherché plus loin, et c'est avec une allègre inconscience que TF1 a jeté l'hémoglobine par hectolitres pendant plus d'un an sur nos écrans.

Alors le jeu vidéo ne subirait-il pas les mêmes foudres aveugles, simplement parce qu'on se trompe de public?

Je suis toujours un peu emprunté lorsque, dans une conversation, j'en viens à aborder le sujet des jeux vidéos. Toujours cette impression de ne pas m'interesser aux bonnes choses, cette impression que les gens ont de vous faire ressentir que c'est de la perte de temps. Il devient alors difficile d'argumenter sans passer pour un fanatique déconnecté de la "vraie vie".
Je suis personnellement convaincu que les jeux vidéo aue j'ai partiqué pendant une bonne partie de ma vie on orienté mes goûts actuels. J'en veux pour preuve la motivation incroyable que mon meilleur ami et moi avons déployer pour créer de toutes pièces notre propre univers fantasy (j'y fait parfois allusion dans les articles précédents): pour ma part, c'est Morrowind, dont je faisais l'éloge plus haut, qui m'a poussé à créer cet univers, au début dans l'unique but d'avoir un monde à soi et ainsi ne plus dépendre de l'univers des autres.
J'ai donc du mal à croire que le jeu vidéo détruit la créativité, au contraire, dans bien des cas, il la stimule, l'inspire. Il permet d'illustrer des idées floues, de ressentir la vie du personnage que l'on incarne.

Voilà pour ce pauvre argumentaire, je ne suis pas sûr de l'intérêt de ces lignes mais cela faisait un moment que j'avais envie de parler de mon péché mignon.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commentaires

noon 17/11/2009 09:38


Oui, Myst m'a beaucoup marqué, et plus récemment, la série Syberia 1 et 2. Une belle ambiance (conçue par Benoit Sokal dont j'adore les dessins), un univers très particulier. La fin du n°2 fut un
déchirement.
Morrowind, j'ai fait une petite tentative, mais j'avais d'abord besoin de me défaire du réflexe jeu-repli-sur-soi avant d'y plonger. Je suis en bonne voie de guérison :-)


Noon 16/11/2009 20:42


Et beh, quel flot de paroles :-)
Bon, évidemment, je ne vais pas être objective du tout, ayant eu un parcours à peu près similaire, à 10 ans près (ah, si tu avais connu le ZX81 de Sinclair ...)
Et c'est au tour de mes enfants de suivre mes traces, alors je ne vais pas te jeter la première pierre.
Ceci dit, pour avoir creusé un peu le sujet, il s'avère que le jeu et la créativité procèdent du même processus intellectuel, à savoir puiser dans notre connaissance et notre expérience empirique
afin d'interconnecter des idées de façon inédite, créant ainsi quelque chose d'original.
Alors je ne vois vraiment pas pourquoi jouer serait le 8ème péché capital ;-)


Narcisse Steiner 16/11/2009 23:54


Justement, j'ai pensé à toi, je voulais citer Myst et ses descendants et j'ai oublié.
Et toi, t'avais pas entamé Morrowind un temps?


stoni 16/11/2009 17:21


Tu vois le cliché que tu déplores contre les JV; c'est le même que tu entretiens à l'égard de l'Equipe !!!
non je rigole

vivent Toad, Yoshi, Koopa Truppa, luigi - mais pas Bowser et Donkey Kong parce que putain, qu'est-ce qu'ils étaient nazes à conduire en kart.


Narcisse Steiner 16/11/2009 23:52


Bah écoute camarade, j'attend ton argumentaire imparable sur les qualités cachée de l'Equipe et de ses vertues à la lecture :P

Quand à Yoshi et koopa, ouais, c'était les meilleurs. Vive les carapaces rouges.