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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Peut-on progresser en art abstrait?

Narcisse Steiner

J'insiste sur le terme "progresser".

Sans aucun doute, on peut progresser dans des domaines figuratifs, on "dessine mieux". On apprend de nouvelles choses, on tend vers plus de réalisme, on sait gérer ses ombres et lumières. On a un modèle et notre progression tend à se rapprocher de celui-ci.

On peut aussi affiner un style plus personnel, développer sa propre ligne, son propre trait. 

Mais peut-on faire des progrès lorsqu'on a décider de s'affranchir de la forme figurée? 

En fait, c'est bien le mot progrès qui me gêne. Quand on passe à l'art abstrait, nos codes sont bouleversés et on perd rapidement - et avec un certain plaisir - ses repères. Quelle marque de comparaison utiliser lorsque notre peinture n'a plus de lien avec la représentation du réel? 

Je parlerais plutôt de maîtrise. De maîtrise de son propre style, des effets appliqués. On s'éloigne du coup de chance, ou de l'accident: on se dirige plus franchement et plus sereinement à travers les coups de pinceaux ou de couteaux, on tâtonne moins, peut être même qu'on achève une toile plus vite. Et je crois que surtout, sent le moment où la toile est achevée.

Si j'en juge par mon expérience personnelle, le fait de savoir me dire "Voilà, ce tableau est fini" est l'évolution dont je suis le plus fier. J'ai toujours adoré commencer plein de trucs, et je n'en fini que rarement. Même mes peintures figuratives me laissaient toujours un goût d'inachevé, d'améliorable, ce qui a souvent été négatif puisque je ne savais pas me contenter de ce qui était déjà posé. Il fallait toujours que j'en rajoute, que je cherche une certaine perfection, jusqu'au coup de pinceau de trop, celui qui fait tout merder. 

En abstrait, et particulièrement depuis la série HAL, je sens presque physiquement qu'il faut que j'arrête. C'est une sensation étrange, ténue, un mélange d'euphorie et de saine fatigue, teinté d'une pointe de nostalgie d'en avoir si vite terminé. C'est exactement comme... un éternuement. Vous savez, ce nez qui picote, qui monte, qu'on cherche à prolonger par de petites inspirations visant à stimuler et retarder l'instant fatidique. Ca monte, ça démange, et, ah, zut, finalement j'ai plus envie. Et puis ça revient, doucement, parfois brutalement, par surprise. Et vlan, on savait que ça allait arriver, et on y est. 

Je ne sais pas à quoi ça tient. Peut être que l'oeil analyse en continue les contrastes, les volumes, l'équilibre, en un mot, la composition. Et arrive le moment où l'oeil est flatté, contenté. Parfois, il faut se faire violence. Point trop n'en faut, malgré l'envie de continuer, la frustration d'avoir achever quelque chose en si peu de temps. On ne peint jamais assez longtemps, on a cette impression de ne pas mériter la réussite de cette toile. Ca a été trop naturel, trop facile

On aurait dû suer sur cette oeuvre, elle aurait dû nous faire pleurer à force de ne pas se laisser dompter. Mais non, il arrive parfois que ça fonctionne presque du premier coup, qu'on travaille vite et bien.

 

Est-ce donc ça, le fait de progresser? Accepter le fait que parfois, on arrive au résultat escompté rapidement, sans trop d'accrocs?

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Commentaires

stoni 26/06/2010 18:43


mdr nous voilà sur la même longueur d'ondes. quelle belle comparaison rhétorique fais-tu à la fin, je suis jaloux.
je suis pressé de lire le compte rendu d'hier soir en tout cas.


stoni 25/06/2010 11:05


Bah t'en fais pas. Des fois quand tu fais caca ça sort tout seul, des fois c'est plus long. Ben c'est exactement pareil. Attention je dis pas que tu produis du caca, vu que c'est mal vu de dire ça
dans notre société (alors que le caca c'est utile, je comprends pas cette mauvaise image). Mais bon tu vois c'est production / consommation. Ben là la production elle était assez simple, tant
mieux. La prochaine fois ce sera peut-être plus ardu.

En tout cas j'aime bien ta nouvelle série métal.

Et il faudra raconter comment ça va se passer ce soir, dès que t'en auras l'occasion.


Narcisse Steiner 26/06/2010 17:10



T'inquiète, j'aime bien faire caca aussi, je le clame haut et fort. 


Si on pousse la comparaison (si j'ose dire) avec la production artistique, c'est vrai que parfois ça a tellement de mal à sortir qu'on pourrait jurer qu'elle sort à l'horizontale. Mais ça fini
par sortir quand même, au risque d'avoir besoin de sutures.


Mais globalement, quand on a un bon rythme, ça reste doux et bien moulé...



Noon 24/06/2010 19:55


Pour moi, progresser, c'est avancer sur son chemin ;-)