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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Pas d'idées.

Narcisse Steiner
C'est quand même dingue de traverser ainsi des périodes de creux. je veux dire, c'est naturel, mais c'est quelque chose qui m'a toujours... comment dire... inquiété.
En ce moment, j'ai pas d'idée. Mais alors vraiment rien, que dalle, j'ai le moteur créatif surgelé. Mais au fond, est-ce le manque d'idées ou le manque d'envie? J'avoue ne pas savoir faire la différence dans ces moments là.
Pourtant, avec le recul, la différence est claire: on peut avoir les idées et pas nécessairement l'envie de les appliquer tout de suite, pour diverses raisons, comme on peut avoir une foutue envie de créer sans avoir matière à le faire. Des deux, je crains nettement plus l'envie qu'on ne peut assouvir par manque d'imagination temporaire. Et en ce moment, pas de bol, j'ai pris le pire des deux.

Pas d'idées et manque flagrant d'envie de peindre, d'écrire... Pour être tout à fait honnête, la seule activité réellement constructive de ces deux dernières semaines a été le montage d'un bureau Ikea, on peut pas dire que c'est particulièrement orgasmique.

Le pire dans tout ça, c'est que même si je ne le vis pas bien, je ne fais rien pour arranger les choses. jJ m'enfonce dans la procrastination, ce qui n'a pour seul but que de doubler ma sensation d'inactivité d'un sentiment de culpabilité. Car il est bien là le problème: lorsque que je suis en période creuse, j'ai le sentiment de faillir à une certaine forme de "devoir". Je dirais presque que je me sens obligé de créer, de faire quelque chose de constructif, comme si chaque jour passé à ne rien faire m'éloignait de quelque chose de réellement bénéfique. C'est dur à exprimer, en fin de compte, car même si ce sentiment de culpabilité peut se comparer à celui d'un élève qui sèche ou d'un fonctionnaire qui abuse de ses congés maladie, c'est plus profond que le simple fait de ne pas faire ce qu'on doit faire.

Peut être parce que justement, je ne suis tenu à aucune obligation vis-à-vis de mon travail d'artiste: pas de galerie à fournir, pas de commande de client, pas de vente régulière, rien. Concrètement, que je peigne ou pas, ça ne change rien, je n'ai à rendre de comptes à personne... sinon à moi même.

Je crois que c'est bien ça qui me pose problème. Il est facile, avec un effort de volonté, d'ignorer les attentes de "l'autre" pour se focaliser sur soi-même; il est aisé de se détacher de son travail et de ses obligations en général. je ne dis pas que c'est bien, je dis juste que c'est facile, que je sois bien clair.
Dans mon cas présent, je ne saurais dire d'où vient ce sentiment de devoir. Est-ce une façon de me convaincre que ce que je fais est plus qu'un simple passe-temps? Après tout, je ne suis pas le genre d'artiste qui éprouve un irrépressible besoin de laisser s'exprimer son être profond sur la toile ou le papier tel un auto-exorcisme; peindre me fait du bien, m'occupe l'esprit, me permet de mettre en forme une idée mais, que je sache, à aucun moment il n'a été question de vider mon sac à travers ma peinture; le refoulement, je connais bien. Alors, peut être que certains me diront  que quoique je peigne, que je le veuille ou non, c'est une manifestation de mon inconscient... et ça ne me rassurerait pas plus, dans la mesure ou ça voudrait dire que mon inconscient est... vide. Super, retour à la case départ.

Donc, ni idées, ni envie, mais même comme ça, j'arrive à pondre trente lignes de blabla.
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Commentaires

stoni 02/11/2009 16:16


C'est marrant car je viens de constater que nous avons posté nos articles "pas d'idées" exactement le même jour.

Oui ne t'en fais pas je ne demande à personne de bouffer de la merde (donc d'adhérer à mes conneries marxistes léninistes). Enfin, dans mon cas cela est vrai, car je ne cesse de me lamenter le soir
venu "beuuuaaah je mène une existence BOURGEOOOOOIIIIISE !!" (tout ça parce qu'au lieu d'écrire un après-midi, j'ai maté un tarkovski sur dailymotion - ou un Starwars, soyons sincère).

Je vais essayer de creuser la question pour mon prochain article de blog (et puis tu viens de me donner une idée, merci).


stoni 02/11/2009 09:29


C'est marrant car mon dernier article parle à peu près de la même chose (en moins clair).

Ouais moi je pense que si on est comme des connards à se sentir coupables, c'est parce qu'on est pas des bourgeois, on a un fond prolétaire, du coup etre inactifs ça nous fait chier car on se sent
bourgeasse.

bien sur cette explication est totalement orientée et n'intéressera personne sinon les pauvres perdus dans mon genre.

quand j'ai aucune idée cela dit je prends le temps d'écouter de la musique et bien sur de lire.

dis-toi encore t'as de la chance.
quand t'as un éditeur derrière qui te saoule à fond pour que tu produises, tu te sens encore plus coupable !!! "et sur quoi tu bosses en ce moment, stoni ???" "mais dis mois, tu travailles un peu
au moins, stoni ???" "et c'en est où ton projet qui déchire stoni ????"..........


tu sais les cyclistes professionnels ont toujours un moment dans l'année (de plusieurs mois) où ils sont obligés de de faire un break et de ne plus pratiquer du tout le vélo. sinon leurs corps se
détraque et leur esprit ne peut pas tenir le coup !!! (le cyclisme est un des sports les plus durs au monde)


Narcisse Steiner 02/11/2009 14:02


Je suis d'accord sur le fond. Pour ce qui est de la comparaison avec la bourgeoise qui colle des serviettes ou qui peind des champs de lavande, c'est clair que "l'art" n'est pas sa priorité, là on
est dans le passe-temps, la déco. En revanche, aligner ça avec une idéologie politique, bof... A vrai dire, même si fondamentalement mes orientations politiques sont sensiblement les mêmes que les
tiennes, je me dépolitise progressivement depuis quelques années (la faute au dégoût plus fort que les convictions).

Concernant la "chance" d'être édité, c'est sujet à caution: je dis "édité" au sens très large, en ce qui me concerne on pourrait parler d'être "exposé". Je pense que c'est ce qu'il fallait lire
entre les lignes; mon impression de perte de temps est fonction du travail que je dois fournir (ou devrait...) fournir pour atteindre ce but. C'est pas très noble mais comme j'ai plus l'âme d'un
rentier fainéant que du Travailleur (le concept du mérite par le travail me semble être un illusion saumâtre), l'idée de pouvoir payer un loyer et remplir un frigo en barbouillant de la toile me
séduit totalement.

Et pour conclure sur le fond du problème, à savoir que je branle rien en ce momentm ben... je pense que j'ai juste besoin qu'on me pousse au cul un minimum. C'est pour ça que j'émettais une réserve
sur ton "problème" dans le fait d'être édité: toi tu as un but concret, un "devoir"; j'ai conscience que ça peut être une source de pression mais au final tu sais pourquoi tu écris. Ta route est
tracée, en un sens. Moi, j'en suis toujours à me demander si ce que je fais en vaut vraiment la peine et si la véritable perte de temps ne se situe justement pas précisément dnas le fait de peindre
des choses que personne n'apprécie.


Maidy 31/10/2009 15:59


"Car il est bien là le problème: lorsque que je suis en période creuse, j'ai le sentiment de faillir à une certaine forme de "devoir". Je dirais presque que je me sens obligé de créer, de faire
quelque chose de constructif, comme si chaque jour passé à ne rien faire m'éloignait de quelque chose de réellement bénéfique. "

Je me reconnais particulièrement là dedans...J'ai horreur de m'endormir le soir en me disant "je n'ai rien créé d'intéressant aujourd'hui" ça me donne le sentiment d'avoir gâché un temps
précieusement offert, comme si on me filait un chèque cadeau et que je le dépensait en bonbons au lieu d'acheter un truc vraiment utile avec. Au même titre que toi, je me demande toujours d'ou ça
peut venir, cette culpabilité.

Peut-être du fait qu'en dehors de l'art, je me sens un peu inutile, que je veux me détacher de la masse de robots loseurs que je méprise profondément (ceux qui passent leur temps libre à être
passifs et qui n'ont aucun idéal, aucun rêve), que j'estime qu'on a qu'une vie et que par conséquent il faut en faire quelque chose d'intéressant, que les talents sont faits pour être fructifiés .
Tous ces facteurs doivent compter quelque part mais au nom de quoi...de mon égo ? D'une sorte de "reconnaissance" envers ce que la nature m'a donné ? Tout ça reste assez flou.