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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Mythologie #1: L'Atelier

Narcisse Steiner

Ah, l'atelier! L'atelier du peintre, le nid de l'art, le refuge...

Des créatifs de ma connaissance, avoir son propre atelier sonne comme un aboutissement, un confort acquis assurant à la fois l'isolement nécessaire à l'artiste et de bonnes conditions de travail.

 

C'est mon cas également. Plus je gagne en cohérence et en assurance dans mon travail de peinture, moins je supporte de travailler à quatre pattes sur un bout de nappe en papier en rouleau, coincé entre mon bureau et celui de ma chérie.

Avoir un atelier à moi, c'est non seulement pouvoir peindre aussi dégueulassement que je veux, sans me faire taper sur les doigts par Zelda ou par la proprio à cause de l'odeur et des tâches accidentelles sur le parquet, mais aussi de m'octroyer une zone "bordelisable" rien qu'à moi, dûssé-je pisser sur le mur pour marque ma propriété.

 

A quoi ressemblerait l'atelier idéal?

Allez, gonflons le truc, on est dans le rêve. L'atelier idéal, c'est une véranda de 50m² (au moins), orienté de façon à capter une lumière constante au cours de la journée comme des saisons. Il disposerait d'un sol pas trop craignos, genre béton peint, et d'un espace de stockage sec et propre pour le séchage (pour l'huile).

Il y aurait également une grande table, ou plutôt un établi solide qui me servirait de chevalet à plat, suffisament large pour y poser mes produits.

Un petit coin sanitaire, pour les scéances prolongées, assurant au passage un point d'eau ou laver mon matos.

Bon, comme j'aurais encore de la place, j'amènagerais un coin détente, genre le salon d'adolescent que j'ai jamais eu: table basse en bobine de câble, banquettes de voiture et un gros fauteuil en cuir usé pour ma réflexion personnelle. On oublie pas le canapé tout mou pour roupiller (la vie d'artiste est éreintante) et le frigo pour garder les bières au frais quand les potes passent.

Dans mon atelier idéal, la déco passerait totalement au second plan: ce sera ma chambre, celle que j'avais chez mes parents, et je ne pense pas faire une révélation lumineuse en soulignant qu'on a tous, de près ou de loin, la nostalgie de la période papamaman pendant laquelle notre chambre était le dernier refuge de l'homme moderne.

Je ne ferais pas partie de ces artistes qui tiennent propre leurs ateliers pour cadrer avec leur boulot de commercial; non, le mien sera aussi crade que l'exige la vie d'atiste maudit, même que Bacon ce serait une grosse tarlouze à côté.

Dans mon atelier, on enjamberait tour à tour les tubes de peinture à demi vides, les chiffons tâchés et les cadavres de bière.

Il y règnerait un odeur de térébenthine, de peinture en spray, de bière tiède et rance, de beuh froide, de sueur mâle, agglomérat olfactif naturel de celui qui voue sa vie à son Art.

Dans mon atelier, il y aurait sûrement un ordinateur, parce que bon, faut pas déconner non plus, l'isolement à ses limites qu'Internet ne connait pas.

J'aurais pas de télé, parce que j'en ai déjà pas à l'appartement, alors bon.

Il y aura un balai dans un coin, pour faire bonne figure.

 

Reste la question de la localisation de cet atelier de rêve: près de chez moi, mais pas trop. Quelque chose comme dix minutes à pied, dans un coin de campagne délaissée par l'urbanisme galopant en plein coeur de Paris.

 

Non, en fait, peu importe l'endroit: quand on a un atelier pareil, on en sort pas.

 

Plus sérieusement, avoir un coin à soi quand on peint, sculpte ou toute autre activité réclament un minimum de place et d'isolement, c'est le pied total, même si c'est juste une chambre d'ami reconvertie en fourre-tout à peinture.

Je ne vais pas me plaindre: je vis avec Zelda, on a un apart couvert par ses parents, on ne vit pas dans une boîte à chaussure comme certaines de nos connaissances. Et ben même comme ça, il me manque une putain de pièce. Il nous manque toujours une pièce, hein?

 

Pourtant, j'aime bien bosser à la maison. Je peins à quatre pattes mais bon. J'aime quand Zelda est là, même si elle ne prête pas attention à ce que je fais sur le moment; j'aime bien être chez moi, en fait.

Donc, faudrait que l'atelier idéal soit chez moi, genre loft industriel avec une grande pièce rien que pour moi, où je pourrais librement lâcher des caisses le pinceau à la main.

 

Dire qu'à Calais, mes parents sont proprios de garages (autant dire des cubes de béton) loués pour une bouchée de pain. Si j'avais été destiné à rester là bas, je pense que j'autais sérieusement envisagé d'en louer un.

10m² de béton froid sans eau ni electricité, j'aurais été aux anges.

 

Mais voilà, je vis à Paris, et le moindre centimètre carré de terrain libre est si cher qu'on pourrait les soupçonner d'être au dessus d'un gisement de pétrole.

 

Alors voilà, en attendant, je peins toujours à quatre pattes sur une nappe en papier, et je ne pète pas.

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Commentaires

pictoneo 03/05/2010 00:08


tu m'éclates ! tout est dit et tout reste à faire , on dirait !...bon moi je dis rien, j'ai une super grande famille, mais une super grande maison...sauf que pas ENCORE ma pîèce à moi, mais
après-tout, peindre au milieu de tous, n'est-ce-pas le pied ??...


Narcisse Steiner 03/05/2010 11:43



Bah, ça doit marcher pour certain.


En fait je crois que malgré mon grand pragmatisme et septicisme, je suis assez partisan de l'idée des "vibrations" d'un lieu. C'est comme ça, il y a des endroit qui font que pouf, la peinture
vient toute sele. Enin non, c'est plus compliqué que ça; me dire que cette pièce est à moi me donne l'impression qu'elle s'imprègne de ma prsence, de mes ides idée, et que les murs que les
distilleau fil du temps.


Ma pièce perso, je la voie comme une couvée d'oisillions ou de jeune mammifères: si quelqu'un la souille et y laisse son odeur, il condamne la portée.



stoni 02/05/2010 22:03


Je vais te copier et faire un article similaire sur mon non-bureau actuel et le bureau rêvé (en fait, tout ce que je demande, c'est une vraie putain de bibliothèque).


Narcisse Steiner 02/05/2010 23:03



Fais donc mon cher Stoni! Et garde à l'esprit que si la peinture devient vite encombrante, elle partage avec l'écriture une qualité et pas des moindres: ça fait pas de bruit.


(c'est ce que je répète à mes potes musicien.)



Noon 02/05/2010 18:50


:-))))))

Ici (pas à Paris mais pas loin quand même), il manque aussi une pièce ...

A l'origine était un coin de placard dans lequel je rangeais consciencieusement tout mon matos après chaque séance, pour l'éloigner des petites mains ... heureusement que je ne peins pas des mètre
carrés à l'huile ...

Puis j'ai annexé un petit bout de table dans le bureau ... mais je ne supportais pas la présence d'autrui ...

Alors, j'ai déplacé le bureau dans ma chambre (et je ne peux même plus faire le tour de mon lit) pour pouvoir y laisser mes travaux en cours ... mais je ne supporte plus l'isolement, j'ai besoin
d'être au milieu des miens pour travailler ...

Alors je trimballe mon matos sur la table de la salle à manger, et je range tout dans ma chambre quand j'ai fini :-))))

L'herbe est toujours plus verte ... bla-bla-bla


Narcisse Steiner 02/05/2010 23:02



Oui, je me doute qu'on ne sait jamais se contenter de ce qu'on a... Après tout, ma chambre parentale était très peu adapté à mon travail à cet période (je peignais les Dolls, avec les coulures
qui avaient tendance à s'étaler jusque par terre...). Maintenant que j'ai mon indépendnce et l'apart qui va avec, je trouve à redire. Mais je reconnais que j'apprécie mon cadre de travail, même
si ma ZB (zone bordelisable) est réduite...