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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

La faute à l'erreur

Narcisse Steiner
Je lisais récemment des textes pondus par des peintres, abstraits pour la plupart, dans lesquels revenaient régulièrement le terme, et donc la notion d'accident.
En art, et plus particulièrement en peinture, l'accident est souvent lié à une façon de peintre non-académique, proche de l'expressionnisme (abstrait ou pas) et désigne l'instant où le pinceau dérape, ouvrant à l'artiste une nouvelle perspective à son travail. Les accidents sont de multiples natures. coulures involontaires,  mélange de pigments ou de couches, craquelures que l'artiste ne cherchera pas à dissimuler; dans tout les cas, et selon la définition de l'accident, c'est un phénomème inattendu. C'est là que je m'interrroge: dans ces même textes, ces artistes parlent de provoquer l'accident, ce qui est incompatible avec sa nature.

Prennons un exemple concret. Lorsque j'ai commencé ma série Dolls, la première toile sur ce thème était, sans être propre, une oeuvre peu fignolée: coups de pinceaux apparents, épaisseurs, zones mal fondues...



 A la seconde, j'ai ajouté de la matière, du sable et de la pierre ponce. Pour varier les effets, j'alternais peinture épaisse et peinture très diluée, donc liquide. Il s'agissait alors d'ajouter des nuances à la peau, notamment grâce à l'effet "patiné" de la peinture sombre filant dans les reliefs du sable. Or, travaillant sur un chevalet, la peinture liquide et la gravité aidant, les coulures ne se firent pas attendre. D'abord horrifié de voir mon travail partir en flaques, j'ai rapidement constaté que l'eau traçait des sillons aléatoires dans la peinture et la matière pas sèche, effet que je n'aurais jamais su reproduire volontairement.



On est donc là dans l'accident pur jus, incontrôlé et non prémédité. loin d'être une catastrophe, ce fut une découverte que j'exploitais pour toute la série. Il ne s'agissait donc plus d'accident, puisque le résultat était relativement prévisible, mais il restait impossible de savoir quel serait le résultat final. J'ajoutais ainsi la notion d'aléatoire dans mon travail.





Peut-on alors dire que je provoquais l'accident, comme les peintres que je citais plus haut? De mon point de vue, non, je laissais l'oeuvre "vivre sa vie". On est plus dans la notion d'accident, par essence incontrôlable, maisdans une forme de lacher-prise; l'acceptation de l'oeuvre en tant que support d'évènements chaotiques.  L'accident, lorsqu'on en a compris les raisons, n'arrive qu'une fois. Le reproduire n'est qu'une tentative de maîtrise d'un phénomène. On peut y arriver sans trop de problèmes, et faire croire que rien n'était prévu, mais c'est faux: quel piètre artiste se vanterait d'être infoutu d'éviter les coulures après sa première toile striée de traînées aqueuses?


Parler d'accident comme base de sa technique, c'est également occulter son talent (si tant est qu'on en a). C'est reléguer ses oeuvres à une accumulation d'évènements aléatoires et non à son propre travail, c'est , en somme, nier l'idée selon laquelle un artiste décide de son oeuvre et pas l'inverse. Si c'était le cas, la création serait à la portée de tous, et, pardonnez-moi, mais j'en doute (compte tenu de la forte proportion de lecteurs de l'Equipe recensés encore ce matin dans le métro).
Nier son apport personnel en vantant l'accident, c'est de la fausse modestie.


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Commentaires

stoni 05/11/2009 12:30


Quel est le problème entre le fait d'être un "artiste" et celui de lire l'Equipe ?? Sincèrement, l'Equipe est un journal très bien rédigé, le français utilisé est plus que correct, et c'est plus
rigolo, et plus intelligent, que l'Huma, le Monde et Libé réunis (chose fort peu difficile à dépasser, certes).

Je me sens visé putain !!!!

Bon plus sérieusement, j'ai apprécié cet article sur la négation du chaos (si ça ferait pas un titre qui pète sa mère, ça).
Cela dit, je me trémousse sur mon siège en lisant le mot "talent", car plusieurs années d'expérience dans le monde fabuleux de la littérature m'ont quelque peu fait revenir de ce concept.
Putain les mecs, arrêtez avec le talent, ça n'existe pas !

Ma foi elles sont fort gaies ces peintures de bébé.


Narcisse Steiner 05/11/2009 12:46


J'avouerais que je n'ai jamais lu la moindre ligne de l'Equipe, tout simplement parce que le sport ne m'interesse pas du tout. Je ne vise personne en particulier, c'est juste que je suis toujours
surpris de voir à quel point on peut changer d'avis sur un jeune homme entrant dans le métro. Exemple: Fringuantm costard classe, belle gueule, petite lunette qui apporte un côté intello suranné
mais charmant. Il s'installe sur un strapontin, fouille dans son sac et moi, curieux, je me demande quelle lecture va en sortir: un coco made in l'Huma, un droitiste bercé au Figaro? peut être un
livre compliqué du genre "la Négation du Chaos" ou un Harry Potter... ben non, il sort l'Equipe, symbole de beaufitude à mes yeux de protofasciste modéré... Déception!

Quant au talent, j'avoue avoir utilisé un raccourci un peu facile pour désigner un esprit de synthèse performant, un savoir-faire, une sensibilité exploitée au maximum et collant au plus proche de
notre idée première... Bonm je résume mon idée du "talent", mais merci, ça pourra faire l'objet d'un article prochainement.