Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

L'objet abstrait

Narcisse Steiner

Peut être devrais-je utiliser des guillemets pour cette expression qui revient régulièrement quand j'utilise ma bouche, en faisant bouger ma langue au bon moment pour sortir des mots qu'on comprend.

Donc, "l'objet abstrait" ou objet-abstrait, et pourquoi pas, tiens, l'abstrait-objet, c'est quoi?

C'est, en premier lieu, une façon de gérer l'espace lorsqu'on peint. Je parle bien évidemment de l'espace de notre support, en l'occurrence, la toile. En ce qui concerne l'espce que j'utilise, en tant qu'être corporel, c'est le bordel et je peins salement, c'est pas nouveau et ça n'a que peu de rapport avec mon sujet.

Le "concept" d'objet-abstrait (et toutes ses terminologie d'une subtilité aussi pompeuse qu'indispensable selon le contexte) est probablement le petite truc en plus (mais qui fait tout) qui m'a permit d'aborder l'abstrait d'un point de vue nouveau. Avant, pour moi, l'abstrait c'était des couleurs et toutes sortes de choses qu'on s'appliquait à barbouiller sur la toile en espérant qu'il en sorte quelque chose de bien. C'était presque se forcer à remplir l'espace, quitte à déborder sur le parquet. 

Inévitablement, ça me laisse une impression de confinement, de contention; l'objet-abstrait, lui, est posé sur la toile. Il y flotte, mais y est solidement ancré et encré. L'objet-abstrait n'a pas besoin de s'étaler pour prouver qu'il existe.

Parce que je le considère désormais comme un de mes artistes-peintre préférés toutes catégorie confondu, je ferais une fois de plus allusion à Philippe Beckman. C'est précisement sa peinture qui, dans un premier temps, m'a fait comprendre (et par extension m'a fait aimer) l'abstrait à travers cette impression immédiate de peintre une chose qui siège là, incrustée dans la fibre de la toile. Ses séries Stendhal, les plus représentatives de l'objet-abstrait, présente une agencement de structures, d'applats et de zones de matières très denses, condensées et concentrées au coeur de la toile, sans s'encombrer d'un fond parasite. Outre la mise en valeur d'à peut près n'importe quoi sur un fond uni, ses toiles dégage une impression de chaos maitrisé. Le peintre lutte contre la matière (la peinure) cherchant à s'évader de la surface; il confine le chaos, lui colle des barrières à coups de couteaux et de lignes tranchantes. Le fond, lui, reste vierge, subissant éventuellement les dommages collatéraux inévitable lors d'une telle bataille. Car la toile, la surface, est bel et bien un champ de bataille. 

Le fond ne doit pas prendre le dessus sur l'objet-abstrait. Il est son support comme l'est la trame de la toile, ce qui ne signifie pas qu'il doit être absolument lisse et blanc, mais doit rester discret. Discret mais fondamental, à l'instar de la calligraphie: la mise en valeur de la peinture ne peut se faire sans un fond adapté

C'est dans cette optique que j'ai entamé ma série abstraite. Pas systématiquement, mais avec le recul, il s'avère que les toiles que j'aime le moins de ma dernière série sont celles où je me suis senti obligé de faire du remplissage. Désagréable sensation d'en faire beaucoup pour pas grand-chose. L'objet-abstait est une bête difficile à dompter, cherchant sans cesse à s'échapper, à déborder de son enclos que le peintre lui impose. Faire regarder la forme peinte au spectateur, et pas un rectangle de toile barbouillée.

L'objet-abstrait n'est rien d'autre que le rapport fondamental entre le fond et la forme.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commentaires

Oscar 18/05/2010 13:10


Narcisse,

tu sais que j'y connais rien en art abstrait (enfin presque rien), mais j'approuve de façon générale -par exemple en poésie- de créer dans un cadre sinon fixé à l'avance, du moins qui implique une
expression maîtrisée et non le libre cours donné à ce qu'on appelle volontiers l'inspiration mais qui sans l'intervention de la réflexion, du travail, risque de glisser vers le n'importe quoi;
c'est ainsi que les "Illuminations" de Rimbaud, cette plaquette extraordinaire, pour moi la poésie la plus riche et fulgurante qui ait jamais été écrite, n'avait rien à voir avec l"écriture
automatique" qu'ont utilisée ultérieurement en se réclamant abusivement de l'exemple rimbaldien certains surréalistes; cette fameuse écriture s'abandonne trop à la facilité et n'est plus à mon avis
de la vraie création.

Pour en revenir à la peinture abstraite, je suppose que le titre collectif "Stendhal" est une allusion aux deux couleurs, mais soit dit en passant il y a beaucoup plus de rouge que de noir, lol?


Narcisse Steiner 18/05/2010 15:12



En fait, quand je parle d'objet abstrait, c'est surtout le point de vu strictement pictural qui domie. J'avoue ne pas avoir songé à faire un parallèle avec les autres formes d'art et je te
remercie d'y faire allusion.


Le parallèle le plus évident que j'aurais pu était celui de la sculpture qui elle ne s'encombre pas d'un "fond". Voilà: l'objet abstrait c'est sculpter la peinture en tant que forme indépendante.


La série Stendhal de Beck présente plus de rouge que de noir, mais c'est parfaitement équilibré: le noir plombe vite une peinture s'il n'est pas utilisé avec parcimonie (avec qui?)