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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Hybridation pour une toile blanche

Narcisse Steiner

Ouf, ça y est. Je crois que je commence à sortir du fameux et récurrent "creux de la vague" que j'ai souvent évoqué au fil de ces pages. Le creux de la vague, pour mémoire, c'est la page blanche du peintre. Un sentiment aussi difficile à vivre qu'il est souvent couplé à une forte envie de peintre. 

Les deux premières semaines qui ont suivies mon retour du Japon ont été vides de création, mais sans contrariété aucune; je n'avais pas envie de peindre. Pas un dégoût ou un rejet de la peinture, juste "j'en éprouve pas le besoin".

Il y a presque une semaine, cette envie recommençait à me titiller. Encore une fois, je ne voudrais pas me répéter, mais j'avais déjà parlé du sentiment de culpabilité qui m'étreint chaque fois que je procrastine. Au lieu de jouer à Fallout 3 ou lire des blogs de geek, je pourrais occuper, je devrais occuper mon temps libre à me consacrer à ma peinture, je dirais presque dans un soucis de productivité. Je ne doute pas que Stoni a beaucoup à dire là dessus...

Alors je me suis rendu chez mon pourvoyeur de matériel, au départ motivé par une intuition qui n'entre pas dans le cadre de la peinture mais du boulot. J'en parlerais quand j'aurais signé, mais ils seraient prêts à m'embaucher pour janvier.. Wait and see...

 

Bref, ce faisant, je repars comme à l'accoutumée avec quelques toiles de petits formats, pour me remettre dans le bain, et quelques tubes de couleurs qui prendront la poussière avec les autres, puisque je ne parviens pas à me sortir du noir et blanc. C'est plus fort que moi, ma dernière concession couleur remonte à la série HAL, c'est éloquent.

 

Bref bis, je déroule ma nappe en papier et me prépare à saloper une jolie toile vierge qui ne m'a rien fait. Et là, rien. J'étale du noir. Puis du blanc. Encore du noir. Rien. 

J'entame mes nouveaux tubes, décidés à concrétiser mes idées floues sur un pendant cuivre et bronze à la série Acies Ferri. Oh putain, du rouge. Oh merde, du vert. Oh merde, je fais n'importe quoi. Je recouvre. En noir, puis en gris. Rien. 

Mon matos est là, étalé sur ma nappe déjà tâchée de partout, ma bassine d'eau et mes pinceaux souillés, et une toile qui s'encroûte sans que rien n'en sorte. Il me faut me rendre à l'évidence: je n'ai pas d'idée. J'ai commencé à peindre sans but, sans direction, et ça se sent, ça se voit. D'habitude, mes idées me viennent sans que je m'y attendent, parfois basées sur un détail, un truc minime qui, exponentiellement, m'amène vers un projet de mieux en mieux défini. Mais pas cette fois.

 

Le lendemain, je me penche une nouvelle fois sur ma toile, cherchant la vibration, le léger frisson, celui qui me signale que "là, ça y est, fonce" Trois, quatre, cinq fois, je regarde ma toile qui sèche, je la caresse, la supplie de me parler, supplications qui se transforment rapidement en imprécations fleuries. Le soir venu, sans plus de conviction que ces derniers jours, j'esquisse au couteau une forme familière, rassurante dans la mesure où j'avais déjà exploré la peinture de visage dans un registre qu'on qualifierait de néo-expressionniste dans les milieux bien informés.

Mouais. Un retour au figuratif libre me paraît être une alternative pas trop mauvaise. Allons-y...

 

Voilà comment, en une soirée et quelques heures grappillées ce matin je suis parvenu à un résultat.. potable. "Intéressant" comme on dit. "Pas mal", comme ils disent. "Pourquoi pas?" comme je me suis dit...

Concrètement, et à défaut de photos dans l'immédiat, cette future série (car je n'envisage plus de travailler autrement) est à mi-chemin entre Acies Ferri et mes anciennes huiles (que j'ai choisi de ne pas rassembler dans les galeries du blog). Vous pouvez néanmoins avoir une idée dans cet article.

 

En fait, ce que je trouve intéressant dans cette nouvelle série, c'est l'occasion d'hybrider mes nouvelles connaissances acquises en abstrait (contrastes, lumières, matières) et ma façon libre et... particulière de peindre les visages sans modèles. L'idée porteuse est donc de virer vers une figuration lâchée où la limite entre abstrait et figuratif est ténue, ambiguë. 

Le processus créatif est finalement assez proche du travail en diptyque, à savoir alterner l'une et l'autre facette de la peinture. Concrètement, j'accentue l'aspect brut et taillé à la hache d'un Acies Ferri, tout en lui donnant l'aspect d'un visage, toujours selon ma façon "raclé-bombé". Le but, c'est de superposer deux conceptions de la peinture habituellement opposées. 

Comme dit plus haut, je ne suis pas encore parvenu à m'affranchir du noir et blanc, souhait conserver l'aspect métallique de mes précédents travaux. De plus, comme je suis un grand amateur de l'effet clair-obscur "photographique", le choix des couleurs est presque une évidence.

 

J'envisage pour le moment de peindre trois toiles dans cette optique, à l'issu de quoi j'envisagerais ou non d'en faire ma ligne de conduite et d'agrandir le format.

Photos dès que possible...

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Commentaires

pictoneo 21/10/2010 23:50


mais j'adore ton cheminement commenté, il ressemble bien à celui de nous autres, sauf que nous, nous les décrivons beaucoup plus abruptement, je suppose...


Narcisse Steiner 23/10/2010 13:43



Le fait de décrire mes états d'esprit pendant ma peinture me permet de prendre du recul dessus, me mettre en relief des choses que je n'arrivais pas à distinguer clairement dans la bouillie
d'idées. Il est pour moi indispensable d'essayer de décrire tout ceci de manière à peu près claire (puisque tu utilises le terme "abrupt") et puis, comme j'aime écrire, je fais d'une pierre deux
coups.


Merci de ton intérêt!



pictoneo 21/10/2010 23:48


Perso, j'adore tes toiles noir et blanc, elles me touchent au plus profond !!..maintenant, c'est de toi qu'il s'agit...alors farfouille là où ça fait mal... :) enfin tu dois savoir...


Noon 19/10/2010 09:09


Te rends-tu compte à quel point c'est frustrant de lire une "description" de peinture sans pouvoir la voir !!!
:-))))
Contente que ça redémarre aussi vite.


Narcisse Steiner 19/10/2010 12:17



Frustrant? Attend un peu de les voir, moi j'ai peur que ce soit décevant, surtout...