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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Fin du voyage

Narcisse Steiner

Il arriva à Nedhamar sans un sou en poche. Un stenil, qu'ils disent par ici. Il ne savait même pas à quoi ressemblaient ces foutus stenils! Tout ce qu'il avait sur lui, c'était sa veste en cuir rouge élimé, sa malle de bois et un maigre baluchon.

De grande taille, l'homme fraîchement arrivé ne se senti pourtant pas regardé, épié, comme il s'y était attendu. Pourtant, ses yeux bleus rubis sertis dans un visage à la peau noire n'avait pas manqué d'attirer le regard curieux, voire hostile des autre citoyens des villes qu'il avait traversé au cours de son périple. Mais il était à Nedhamar désormais, et tout allait changer.

Il avait fait ses premiers pas dans la cité impériale très tôt dans la matinée, accompagné par quelques marchands ambulants de Luisthor qui lui avait courtoisement offert une place à l'arrière de la caravane. Sur le chemin, qui avait duré trois jours, un record selon les aimables commerçants. "D'habitude, il nous faut six jours pour espérer arriver à temps pour le début des festivités de Crèvenuage, avait déclaré Rolude, le chef débonnaire des caravanniers. C'est un très bon présage!" Et tous se signèrent de concert de la marque de l'Ouroborea, traçant un cercle sur leurs poirtrines de leurs paumes ouvertes.

Le vagabond apprit ainsi que le 1er crèvenuage marquait le début de l'année impériale, et, avec l'arrivée du printemps, la saison la plus bénéfique pour faire du commerce. Les températures clémentes annonçait trois jours de liesse populaire. 

Les marchands le déposèrent à la porte nord-ouest de la cité impériale, tout près de la place du marché permanent où les commerçant ne tarirent pas d'accolade et d'exclamations de joie en retrouvant de vieilles connaissances, oubliant aussitôt leur passager de fortune. Autour de lui, tout n'était qu'étalage de fruits colorés, d'épices rares et odorantes, d'étoffes exotiques ou d'artefacts de métal étranges venus des quatres coins des Territoires Humains, et probablement de contrées plus éloignées encore. Etourdi par le tumulte de la foule, l'homme ne savait plus où poser le regard: les hautes murailles de pierre grise aux fioritures compliquées, les arches surplombant chaque ruelle aux noms gravés dans le marbre, la diversité de la population s'engouffrant entre les étalages: toute cette vie, cette débauche de cultures et de langues le mirent au bord du malaise. Un comble pour un vétéran qui avait poussé aussi loin dans les terres de cendre du lointain Runyanor!

Le soleil commençait à cogner plus dur qu'il ne l'avait imaginé. Il chercha un coin d'ombre, un coin de calme, loin du tumulte du marché géant. Le vagabond s'adossa à une maisonnette en pierre de taille après s'être engagé dans une petite rue. Il posa sa malle entre ses pieds et enleva sa lourde veste de cuir qu'il roula en boule rapidement pour dissimuler le long kukri usé qu'il portait en permanence. Les nippes défraîchies, d'un gris terne et poussiérieux, laissait deviner un torse musculeux malgré les restriction alimentaires qu'il avait subit ces derniers mois. Il se dit que Nedhamar, surtout en cette saison d'abondance, serait l'endroit parfait pour se remplumer comme pendant ses années de service.

Il pu observer les allés et venues incessantes des citoyens nedhamariens. Si la majorité était constituée de peaux-de-lait, il aperçu quelques un de ses compatriotes à la peau d'ébène, parlant l'imperii et vêtu comme eux. Cela l'étonna mais ne le choqua pas. Nedhamar n'était pas la plus grande ville d'Oxidenia sans raison. Il aperçu furtivement quelques Nods, cousins éloignés de ceux qu'il avait pu rencontrer au cours de sa vie. Les Nods du Nord, sensiblement plus petits que ceux d'Exsanio, se différenciaient surtout par leurs peaux blanche. En revanche, ils arboraient également les verres fumés enchâssés dans des monturs de métal, protégeant leurs yeux de troglodytes. L'entente semblait franchement entre Nods et Humains, comme en témoignait les échanges enjoués entre marchands d'artefacts et ce groupe de Petits, visiblement très intéressés par un lot de pièce détachées issues de quelque obscure machine oubliée. 

L'homme s'éloigna de la place du marché et chercha une taverne - en fait, n'importe quel lieu de boisson aurait fait l'affaire - et erra un long moment dans les ruelles vivantes et animé du Quartier du Vitrail. Les bâtiments semblaient tous sortir de l'esprit d'un architecte monomaniaque et raffiné: des coupoles de verre finement polies et ajustée sur des armatures de métal rutilant surmontaient de hautes demeures de marbre blanc, flanqués de larges balcons fleuris; des portes cochères décorés de vignes de pierre arborant pour la plupart le nom de la famille y résidant (probblement depuis des générations); des heurtoirs de bronze aux formes abstraite... Tout transpirait la richesse de la cité.

L'homme comprit qu'il se trouvait dans un quartier essentiellement résidentiel et qu'il ne trouverait pas d'auberge dans les environs. Une auberge qui pourrait, qui plus est, étancher la soif d'un sans-le-sou. Il traversa un large pont de pierre enjambant le Vorsirah. Ses pas le menèrent vers une petite butte d'allure résidentielle.

Sa maigre connaissance de la langue imperii lui permit tout juste de se situer grâce au nom des rues gravées avec style sur les plaques de bronze ornant la plupart des murs. Rue Monar, quartier de Montargent. Il remonta la rue d'une linéarité conséquente pour parvenir sur une artère plus large et sensiblement plus animée. L'avenue s'inscrivait dans le même style que la rue précédente. Avenue des Scintilles. Elle portait bien son nom: ponctuée de fontaines ouvragée, elle semblait être le rendez-vous de l'aristocratie nedhamarienne. 

Soudain, sa gorge se serra en voyant se profiler trois silhouettes détonnants dans le décor de raffinement ambiant. Armures de métal noir évoquant la carapace de quelque crustacé bipède, casques fermés par des visages d'argent inexpressifs aux allures serpentines, arborants des crachefeux lourds au canon évasés. Le vagabond senti la bile lui brûler gorge. L'allure décidée et outrageusement martiale des trois hommes d'arme lui fit comprendre qu'il s'agissait de la milice érubérique, réputée dans tout Oxidnia pour occuper à la fois la fonction de juge et bourreau. Un groupe de force de l'ordre contre qui toute résistance est futile. Il vait entendu des rumeurs selon lesquelles la milicie n'hésitait pas à se servir de leurs odieux crachefeux, ces armes alimenté au naphtole comprimé dans de lourdes bombonnes portées sur le dos. 

Le trio se dirigeait vers lui. Impossible de se dérober à leurs regard désormais. L'un d'entre eux le désigna du doigt et ils accélérèrent le pas.

Fuir. Fuir encore. 

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Commentaires

Noon 29/05/2010 23:48


(toujours pas plus de clients ?)
Bien, très bien même


Narcisse Steiner 30/05/2010 14:38



De clients? De visiteurs tu veux dire? Bah non, je tourne à 15-20 par jour, et ce que je vois dans mes statistiques. Je sais ce que les "clients" viennent chercher ici grâce au référencement
Google. 


Merci pour la lecture! 


(je pense que toi tu as reconnu le "vagabond" ;)



Oscar 29/05/2010 12:28


Description hautement pittoresque, riche et précise! On sent le peintre ciseleur de formes acérées!

Mais leçon morale cruelle: quand on est sans-le-sou, on est malvenu et pourchassé où qu'on soit, aux quatre coins de la galaxie et même de l'univers, lol!!


Narcisse Steiner 30/05/2010 14:31



J'étais surtout pas super inspiré pour boucler la récit. Dur de faire quelque chose de dense et pas trop long à la fois. 


Mais patience, même si ça a l'air de "one shot" comme ça, ça devrait devenir plus intéressant au fur et à mesure des récits...



Oscar 29/05/2010 00:04


Comme je suis tombé dessus très tard, j'ai juste parcouru en diagonale mais quelque chose me dit que c'est bon, tout ça. Je regarderai de plus près demain!

Juste ceci: il n'y a pas un mot qui manque à côté de "fraîchement" ("arrivé"?)au début du second §?