Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 19:39
Venant de moi, ce genre de livre a de quoi surprendre. D'abord parce que l'essentiel de ce que je lis tourne autour de la fantasy ou de la science-fiction, ensuite parce que l'aquarelle n'est pas mon médium de prédilection. En fait, ce livre est un cadeau, et ma foi, c'est avec grand plaisir que je l'ai découvert.

Pour commencer, un mot sur la présentation. C'est un petit livre pas bien épais (moins de 100 pages), format poche classique mais ce qui frappe d'emblée, c'est le soin apporté à la couverture. Papier cartonné texturé, le bandeau de titre en relief. Déjà, c'est agréable à manipuler, ce qui est assez rare pour des livres de cette gamme. Le choix de l'image est quant à lui évident mais on a préféré à la boite proprette la boite qui a l'air d'avoir servi; c'est un détail mais j'ai du mal à imaginer la pratique de l'aquarelle autrement.

Passons au contenu. Les Bonheurs de l'Aquarelle, sous-titrée Petite invitation à la peinture vagabonde est le septième livre de la collection Petite philosophie du voyage, éditions Transboréal. Cette collection brasse un large éventail de la notion du voyage, traitée de manière subjective sans la prétention pompeuse d'un livre purement philosophique.

En l'occurrence, Anne le Maître, professeur d'histoire et géographie, nous dévoile sa propre idée du voyage, qui, selon elle, est indissociable de sa boite d'aquarelles.

Soyons clairs tout de suite: ce livre n'est pas un essai sur l'art, encore moins un guide sur la technique de l'aquarelle, pas plus qu'un roman sur une aquarelliste itinérante; il s'agit bien d'un essai, un recueil de moments, d'émotions et de souvenir de voyage tracés à la pointe du pinceau. Anne le Maître n'a pas la prétention d'être une artiste, ni d'écrire sur l'art. Son pinceau, c'est l'appareil photo du touriste lambda, à ceci près que l'aquarelle demande sensiblement plus de temps que le clic de la boite noire. Le temps est primordial chez l'auteur, le temps qu'on cherche à gagner alors même qu'on ne sait plus le prendre.

Anne le maître ne se voit pas comme une grande voyageuse. La distance n'est qu'un facteur secondaire lorsqu'on sait regarder l'arbre du parc du bout de la rue ou le ciel au dessus de notre propre demeure.

Les digressions de l'auteur ne sont jamais lourdes, n'arrivent jamais comme un cheveux sur la soupe. Elle ponctue son récit de brèves pensées philosophiques, de philosophie quotidienne, loin de celle des grands penseurs, parfois abstraites au commun des mortels.
Aucune lourdeur, aucune longueur, je me suis plongé avec plaisir dans ce petit ouvrage fort rafraichissant, un brin contemplatif et et qui rappelle à chacun que les plaisirs simples sont ceux qui mènent le plus sûrement au bonheur.

Extrait:

« D’ailleurs on ne peint pas une chose, en fait, on peint une émotion. Un lien. Le surgissement d’une rencontre. Ce que l’on entend lorsque, enfin, on se met à l’écoute – l’enfant le sait bien qui peint d’immenses soleils orange pour signifier que sa vie est joyeuse, qui omet de dessiner la porte de la maison si son cœur est dans la peine. On peint l’appel qu’un fragment du réel – une vieille pompe à essence montant la garde à l’entrée d’un village du Gévaudan, un baobab solitaire égaré à la frontière mauritanienne, une chapelle surplombant les gorges de l’Allier… – a lancé vers vous. On peint le bruit du vent sur le mont Lozère ou la peur du sanglier dans une sapinière mauve. On peint les arbres, le sol roux d’aiguilles sèches, et puis on met du mauve parce que le mauve, à cet instant précis, l’estomac un peu contracté, le cœur un peu trop gros pour la poitrine, est la couleur de la peur. Ou encore : ce lac est froid, je le sais, j’ai tenté en vain de le traverser et, des années plus tard, mes muscles en gardent encore la mémoire. En le peignant, j’intégrerai ce froid à toutes les informations que m’ont données mes yeux. Il y gagnera une teinte un peu plombée (de celles que l’on obtient en cassant le cobalt avec un peu de terre de Sienne brûlée), et puis mon trait s’étirera au souvenir des deux jours passés à le longer en cherchant un passage. »

Editions Transboréal

Par Narcisse Steiner - Publié dans : Chroniques de livres
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