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Les Carnets de Steiner Le blog d'un artiste peintre qui ne sait pas où il va, mais qui y va quand même. Mes humeurs, mon travail en cours, mais également des informations sur la technique et le processus créatif.

Enduction

Narcisse Steiner

Avec toute la logique qui me caractérise, je me penche sur l'enduction de la toile après le vernissage...

 

L'enduction d'une toile (ou de tout autre support) est probablement l'étape la plus importante dans mon travail car elle détermine une grande partie du rendu final. Enduction lisse, texturée ou légèrement structurée, voyons un peu comment je procède.

 

Le choix du support est bien évidemment primordial. Attardons nous sur le support le plus couramment utilisé: le châssis entoilé. En coton, en lin ou en polyester, on le choisira en fonction de son tissage. La toile de coton est la plus économique mais n'offre pas la même finesse que le lin, bien que le polyester, assez récent, présente un maillage très serré que je n'ai jamais retrouvé ailleurs.

 

En ce moment, j'ai la chance de profiter de réductions conséquentes sur des châssis en lin de qualité moyenne mais quand même, merde, c'est la première fois que je peins sur du lin. Mais peu importe, le travail d'enduction reste sensiblement le même pour tout les supports.

 

Pour une toile "lisse":

J'utilise une recette qui a fait ses preuves, un peu laborieuse à mettre en place mais offrant de bons résultats. Il s'agit de mêler au gesso de la poudre de marbre, dans une proportion de l'ordre d'un tiers de poudre de marbre pour deux tiers de gesso.

Là, deux méthodes: soit on l'applique "au sabre", c'est à dire à l'aide d'une grande spatule, ce qui permet d'arraser la trame de la toile (la "boucher"), méthode qui demande un diplôme de plâtrier (on rate toujours à un moment), soit l'appliquer au spalter, en deux ou trois couches croisées, poncées à chaque passage.

L'application à la spatule permet également de faire des fonds structurés, c'est à dire où on ne cherche pas le plat absolu.

Personnellement, j'alterne les deux méthodes. Le fond lisse se prête bien aux travaux très précis où la trame de la toile peut devenir problématique lors de l'exécution de fins détails.

Personnellement, ce qui m'importe, ce n'est pas tant d'avoir une toile lisse comme un miroir que d'effacer la trame de la toile, trop régulière à mon goût.

 

http://www.bricokid.com/images/produits/big/11890BK_C_Gesso.jpghttp://www.lamarchandecouleurs.com/produits/G/C3.jpg

 

 

Pour une toile plus structurée:

Pas de méthodes particulière si ce n'est celle décrite plus haut: la poudre de marbre intervient toujours, dans la mesure où elle conserve la marque de l'outil. Il faut cependant faire attention à la proportion de poudre dans le gesso, en trop grande quantité, elle appauvrit la peinture et présente un fort risque de craquelures au séchage, j'en ai déjà fait les frais.

Il est également possible d'ajouter toutes sortes de matières inertes au gesso (sable, pierre ponce...) pour donner un aspect minéral au fond. Éviter absolument les matières organiques, genre farine, ou tout ce qui est putrescible de près ou de loin. On ne sait jamais...

Des gels de structures sous forme de médiums acryliques sont également disponibles dans le commerce, mais ils sont souvent onéreux. Je n'achète que les produits présentant des propriétés que je ne suis pas capable de reproduire avec les techniques maisons, mais certains peuvent être détournés à notre avantage lors de la préparation d'un fond.

Par exemple, les gels de structure "heavy" de Liquitex, en principe utilisé comme additif pour épaissir la peinture fond d'exemple bouche-pore. Je l'ai utilisé récemment sur une toile comme première couche, appliquée au petit couteau, en grattant bien pour faire pénétrer le gel dans la trame.

 

Il est également possible de créer des effets intéressants en marouflant du papier sur la toile avant tout le reste. J'ai utilisé cette technique pour l'ensemble de ma série Dolls. En collant de larges feuilles de papier de soie froissées à l'aide de liant acrylique, on obtient une texture organique très convaincante, mais difficile à travailler par la suite. Il est important de passer une deuxième couche de liant sur la papier une fois la collage sec, pour l'imperméabiliser. Une couche de gesso supplémentaire offre également une accroche solide.

 

Dernière méthode que j'utilise beaucoup en ce moment, ce que j'appelerais l'aspect "fausse toile": deux couches croisées de peinture acrylique (peu impote la couleur), non diluée, appliquée en épaisseur au pinceau. Après avoir appliquée une couche, je la "lisse" avec un gros spalter en soie de porc, tout dans le même sens. La race s'imprime légèrement dans la peinture en séchant. Une coche dans un sens, une seconde dans l'autre, et hop, vous avez un aspect toilé fin, accrochant bien la peinture. A noter qu'on obient le même genre d'effet avec un gesso épais.

 

En quoi l'enduction est-elle importante?

Bah oui, pourquoi, étant donné que la plupart des toiles vendues dans le commerce est déjà enduite...

Hormis la volonté de créer son propre fond (même si je le laisse blanc, le fond est aussi important que la peinture à proprement parler (voir l'article sur la genèse de la série HAL) et permet de s'approprier le support.

D'un point de vue plus technique, une bonne enduction est garante de la solidité d'une oeuvre dans le temps, peut être plus que le vernissage final. Il permet une bonne accroche de la couche picturale (un bon gesso présente un aspect mat et légèrement absorbant).

Quand je peins à l'huile, j'aime avoir un fond lisse, au sens "glissant". Une bonne couche d'acrylique laisse agréablement glisser le pinceau chargé de peinture à l'huile.

 

N'hésitez pas à innover, dans la mesure du viable et à partager vos expériences ici même!

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